réflexion de soignant
Défi : 30 articles sur 30 jours

Juste une réflexion de soignante

Aujourd’hui je suis en panne d’inspiration. Pas d’histoires de patients qui me viennent comme ça juste en réfléchissant. Ce qui me vient aujourd’hui arrive du fond de mon coeur de soignante.
Je me dis que ce métier, décrit comme difficile, mal reconnu, ingrat, sous payé, bafoué, réprimé, n’est pas que ça. Dans toutes les histoires que je vous raconte depuis ces derniers jours, vous pouvez percevoir toute la complexité de l’humain.
Combien d’entrer dans la vie de quelqu’un par la porte de la maladie n’est pas chose facile.
Nos études nous apprennent à fonctionner en mode binaire. Problème / solution; Action / réaction. Un automatisme qui nous amène à imaginer que l’on pourrait avoir une solution pour tout, une solution à tout.
L’impuissance est alors ressentie lorsque la situation nous met devant le fait accompli : Il n’y a rien à faire…
Mais l’illusion que l’on pourrait répondre à tous les besoins, à tous les problèmes, n’est-il pas en réalité le terreau de notre souffrance de soignant ?
Pourquoi s’infliger une telle pression, un tel objectif ?
On peut encore et toujours crier et pleurer sur les conditions de travail et l’inhumanité de nos structures. Mais notre rêve de structure humaine n’est-il pas un fantasme ? Et qui dit fantasme dit irréel.
Parfois je me dis qu’il y a des métiers tout aussi difficile que le notre, dont on parle moins, ou avec d’autres termes. Peut-être parce qu’il ne porte pas le symbole de la santé, de l’humanisme, de la compréhension, de l’écoute et de l’empathie.
Les flics qui bossent à la brigade des mineurs et qui sont tous les jours en contact avec des enfants violés, maltraités, abandonnés.
Les flics de la brigade criminelle qui évoluent au milieu des pires crimes et atrocités que l’homme est capable de faire.
Les forces d’intervention qui sont arrivées les premiers sur les lieux du bataclan ou de Charlie Hebdo.
Le personnel social en contact permanent avec la misère humaine, les familles qui ne s’en sortent pas, les enfants qui subissent la misère.
Les reporters et photographes qui capturent les scènes de famine, de guerre et de combat.
Les juges qui tous les jours voient défiler dans leurs tribunaux les pires histoires, atrocités et violences qui peuvent être commises.
Bien sûr que de se plaindre de nos conditions de travail nous permet de maintenir un minimum de service public. Mais franchement, je ne crois pas que l’on va se réveiller un matin avec au pied de la porte, des moyens, du matériel et des humains.
Alors on fait quoi en attendant ?
On y va ?
On capture ces moments de vie. Ces moments où l’on a la chance d’approcher ce qu’il y a de plus intime chez l’autre : sa vulnérabilité. On regarde, on caresse, on touche, on apporte. Avec ce que l’on est, ce que l’on a, on essaie de faire ce que l’on peut, du mieux que l’on peut. En gardant à l’esprit que la perfection n’est pas un objectif en soi. Que ce qu’il a de plus important, c’est de faire du mieux que l’on peut, et d’être heureux d’avoir déjà pu le faire. C’est énorme.
Chaque être humain enferme en lui une quantité incroyable de ressources. Souvent insoupçonnées par lui-même. Nous nous devons de lui donner accès à cette réserve. C’est de notre job de lui proposer une technique, et de le laisser choisir de ce qu’il veut en faire.
Peut-être que notre quête aujourd’hui serait de ne pas se sentir coupable en permanence de ce qui n’est pas réalisable.
Redevenons humble. De simples êtres humains, mettant au service d’autres êtres humains un savoir et une compétence. Ce que l’autre en fait ne nous appartient pas.
Il n’y a pas d’échecs dans notre métier, juste de l’expérience.
Cylie
Défi N°2, article 25/30
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