Mon pére va bien
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Mon père va bien

Lorsque je la rencontre, elle me dit que son papa va bien. Enfin qu’il va mieux parce que la semaine dernière il était vraiment mal. Il ne mangeait plus, il n’arrivait pas à marcher. Elle ne l’avait jamais vu aussi faible. Elle a même cru qu’il allait mourir. Elle sait qu’il va partir de son cancer. Il n’y a plus de traitements, c’est fini la maladie est trop avancée. Mais elle espère qu’il sera là à Noël. Sa sœur va arriver d’Australie. Ils vont passer les fêtes ensemble.
Elle est rentrée des USA il y a 3 mois pour s’occuper de son papa. C’est dur mais elle tient bon. Jour et nuit elle veille sur lui. Elle se sent un peu seule parfois mais c’est pour la bonne cause. Bref toujours est-il que l’infection est maitrisée sous antibiotiques, il a moins de fièvre, il parle et remange un petit peu.
Ils espèrent le transfert dans une clinique de repos avant de rentrer à la maison pour qu’il reprenne des forces.
Après ce long échange avec elle, je lui propose d’aller prendre un café le temps que j’aille rencontrer son papa. Elle accepte volontiers. Elle n’aime pas le savoir seul.
Lorsque je frappe à la porte de la chambre, je n’entends pas la réponse. Dans le doute je frappe plusieurs fois. Je me décide alors à passer la tête doucement. Il dort. Je rentre sur la pointe des pieds et je le regarde dormir.
Il est décharné, blanc. Il respire la bouche ouverte, avec des mouvements de lutte. Il n’a pas l’air confortable. Sa bouche est sèche. Son corps est si maigre que je pourrais suivre les trajets des tendons sous la peau. Il a du sentir ma présence car il ouvre les yeux. Il me dit bonjour avec beaucoup de difficultés. Sa mâchoire semble rouillée, comme si le glissement ne pouvait plus se faire du haut vers le bas.
Comment peut-elle le voir mieux ? Comment était-il la semaine dernière pour que sa fille me dise qu’il est beaucoup mieux et qu’elle espère qu’il sera là à Noël ?
Ce monsieur va mourir. Son teint, ses yeux dont la lueur de vie a déjà presque disparu, son extrême maigreur. Le cancer est en train de l’emporter loin d’ici.
La réalité est parfois si dur qu’elle n’est pas visible. Notre psyché a cette fabuleuse capacité à édifier des remparts de protection pour nous protéger de l’insupportable. Ce n’est pas du déni, simplement une barricade.
Lui détruire son rempart en partant à l’assaut de son château dans lequel elle vit encore comme une princesse serait lui faire une telle violence que cela n’est pas nécessaire. Ce rempart la tient debout et lui permet jour après jour, nuit après nuit, de tenir au chevet de son papa.
Le temps et la vie fera son œuvre. De toute façon rien ne peut préparer à la douleur de la disparition, alors laissons faire. C’est sûrement le plus bel accompagnement que l’on puisse lui proposer, être auprès d’elle là où elle en est.
Cylie
Défi N°2, article 15/30
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