je le soigne mais je ne l'aime pas
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Je ne l’aime pas … Je le soigne quand même

Dans la vie de tous les jours, quand quelqu’un ne nous plait pas, quand on “le sent pas”, on l’évite. Cette réaction énergétique et naturelle que l’on ressent face à quelqu’un d’antipathique, nous permet de nous en éloigner et de ne pas sympathiser avec lui. On n’en a pas envie. Mais que se passe t’il lorsque cela se produit avec un patient ?

Bien sûr que la théorie nous a appri à soigner sans différence ni distinction. En parfaite équité et égalité. Sans jugement.
Sauf que moi la dernière fois, je fais la connaissance d’un Monsieur, en stade terminal de son cancer. Il est ronchon, boudeur, jamais souriant, râleur, jamais content. D’habitude j’arrive à passer outre ces réactions. Je sais qu’elles ne me sont pas destinées, elles sont dirigées à la blouse que je porte. J’arrive à prendre du recul pour lui permettre de déverser ce trop plein.
Sauf que là, il m’énerve. Je ne le montre pas, je reste neutre mais au fond de moi c’est un volcan qui se réveille. Il m’énerve, il m’énerve et pourtant il ne m’a rien fait. Quel comble ! Le monsieur il est gravement malade, il va mourrir, il est mal et moi il m’énerve.
Sauf que je dois, parce que c’est bien un devoir professionnel, je n’ai pas le choix, je dois être présente. Je dois outrepasser ce que mes tripes m’envoient comme message pour être la plus présente, la plus emphatique et la plus bienveillante possible.
Mais si vous saviez comme c’est dur d’aller à l’encontre de ce que notre corps nous crie de toutes ses forces.
Comprendre pourquoi le comportement de l’autre provoque chez moi ce mouvement de rejet ? Qu’est-ce qui fait que l’autre est ce qu’il est, mais que moi je ne réagis pas comme d’habitude.
Ce travail est essentiel pour pouvoir continuer à prendre soin.
Il vient nous rappeler combien nous sommes des humains qui fonctionnons comme des humains.
Ce qu’il me renvoie vient toucher chez moi une zone sensible. C’est important de l’identifier car cela va prévenir l’épuisement professionnel. Comment je peux travailler sans m’épuiser, si l’autre me prend toute mon énergie juste parce qu’il est lui ?
Il se trouve que ce monsieur est très touchant. Il est désemparé dans sa situation, seul, abandonné de ses proches. Mon équipe sera d’un grand relai pour moi, mais surtout pour lui, car cela va m’éviter d’être malveillante.
Je crois que l’équipe à la toute sa place et tout son rôle dans ces situations relationnelles complexes. L’identifier est très important car il permet de signifier aux autres que l’on a atteint les limites de ce qui est acceptable pour nous.
N’hésitez pas à le dire, vous êtes humains et en ça vous ne pouvez pas aider ou soigner tout le monde.
Partager son ressenti permet de mettre des mots dessus, et donc de le rendre conscient. Tant que l’on en parle pas, on garde au fond de nous ces non-dits. Mais croyez moi, un jour ils vous rattrapent.
Accepter le regard de l’autre sur nos pratiques, c’est accepter cette condition qui nous relie tous dans la santé comme dans la maladie, notre humanité.
Cynthia
Défi N°2, article 27/30
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