Les soignants

Être soignant ?

jeune soignant

Mais c’est quoi la fonction de soignant ?

Je me rends compte au fur et à mesure de mes années d’exercice, que nous avons autant de définitions du soignant que de soignants. Chacun mettra en avant dans sa définition, un peu de ce qu’il est, un peu de ce qu’il rêve et un peu de ce qu’il a vécu.
Un soignant en début ou en fin de carrière ne vous dira pas la même chose, un médecin ne vous donnera pas la même définition qu’une infirmière, un psychologue, (qui ne se considère pas comme un soignant), n’aura pas la même vision qu’un aide-soignant, un kinésithérapeute ne définira pas de la même manière sa fonction qu’une aide soignante et je pourrai continuer comme ça avec les cadres de santé, les sages-femmes, les secrétaires médicales, les auxiliaires de puériculture, les infirmiers de bloc opératoire, les diététiciennes, etc etc….

Et pourtant : 

  • Ne sommes-nous pas tous au service d’un même objectif ? 
  • Ne sommes-nous pas tous là dans notre blouse pour prendre soin d’une seule et même personne ? Le patient ? 
  • N’avons-nous pas comme mission de proposer la meilleure solution pour l’autre ? Dans sa situation et sa singularité ? 
  • Ne devrions-nous pas considérer cette profession comme n’importe quelle autre profession qui positionne le sachant au dessus de l’ignorant ? 
Moi personnellement je suis dans cette situation quand je vais chez mon garagiste, quand je vais à mon cours de danse, quand j’écoute mon électricien me parler de la différence entre les LED et l’halogène, quand mon maçon me parle de laine de roche ou de laine de verre.
Oui, pour moi c’est pareil, sauf que ces professions n’ont pas l’histoire que nous portons, nous les soignants.
Historiquement ce métier a toujours été réservé aux nobles, dans l’histoire de la médecine ce sont des mathématiciens (Pythagore, Thalès,…), des philosophes, des biologistes qui sont à l’origine du métier de docteur en médecine. Avant le corpus hippocratique, qui sont les œuvres d’Hippocrate, célèbre médecin et philosophe grec né en 460 avant JC, et qui a scellé l’éthique médicale dans « son serment d’Hippocrate » la maladie était une malédiction, un mauvais sort, le diable.
Bien sûr cela correspond à notre histoire occidentale car dans les populations orientales, la médecine est beaucoup plus ancienne. L’Inde, la Chine, l’Égypte enferment des écrits beaucoup plus anciens. 
Les soins et les soignants portent une histoire religieuse, une histoire de dévotion envers les plus vulnérables, les plus atteints, les plus pauvres. Comme une action charitable, il suffisait d’être bon et croyant pour être soignant. La compétence para-médicale n’arrivera que très tardivement. De 1880 jusqu’à la première guerre mondiale, on parlera de « garde-malade ». 
Les garde-malades ne sont et ne doivent être que les servantes des médecins. Elles sont au médecin ce que le cuisinier est à son maître…” Dans ce passage il est rappelé aux infirmiers qu’ils sont des servants qui doivent se soumettre au diagnostic médical et ne pas se substituer au médecin. Cette crainte d’une possible concurrence pourrait s’accompagner d’une volonté de la part des infirmiers d’être indépendants d’où cette exigence de soumission passive. Aussi, le fait que l’on puisse prendre des initiatives sans son contrôle incite le corps médical à réclamer des infirmières femmes, plus traditionnellement passives et malléables que des infirmiers masculins. Leroux Hugon V, « Infirmières des hôpitaux parisiens, ébauches d’une profession », Thèse d’histoire, Université Paris 7, 1981, p 50
Et voilà, nous tenons le sacerdoce de notre profession d’infirmière, le socle dans lequel nos pieds sont moulés et que nous avons beaucoup de mal à faire disparaître. 
C’est en 1902 que sont créés les premiers instituts pour l’apprentissage du métier. Le recrutement peut être religieux ou en fonction des diplômes.
Mais alors attention, ce n’est qu’en 1968, oui je dis bien 1968, que la profession se libérera des concepts d’obéissance, de soumission et de charité. Ce qui veut dire que certains des encadrants, des enseignants, des professionnels encore en activité ont connu ce détachement et ça, c’est un élément majeur pour comprendre pourquoi aujourd’hui, en 2018, c’est encore si compliqué de faire une place aux soignants issus des professions para-médicales. 
Alors entre connaissance et compétence, entre égo et soumission, entre grands et petits, il est où le patient dans tout ça ? Quand est-ce que l’on fait attention à lui, à ses besoins, à ce qu’il vit ? Sa maladie on s’en occupe, on s’occupe d’ailleurs souvent que de ça. 
Un jour, alors que nous rencontrions un monsieur de 50 ans qui souffrait comme aucun être humain n’aurait le droit de souffrir, ni aucun animal d’ailleurs, le toubib qui était avec moi demande à cet homme s’il a quelque chose à dire aux deux étudiantes en médecine de 2eme année qui sont avec nous : 
Il répond : « N’oubliez pas l’être humain qui est derrière la maladie. Vous savez beaucoup de choses, vous allez travailler beaucoup pour gagner de l’argent, c’est bien de gagner de l’argent car il faut vivre, mais ça ne doit pas vous faire oublier que derrière les maladies il a des gens, des âmes, et que c’est nous qui pouvons vous raconter le mieux ce que nous vivons dans nos corps, pas vos livres ».
Il avait un genou ouvert par une plaie dévorante, causé par un cancer de peau qui avait envahi toute sa jambe. C’était un homme meurtri par sa douleur et sa dépendance, mais un homme intègre, certainement plus grand que tous les soignants qui se disent “experts”. 
Et bien voilà ce qu’est c’est d’être soignant, et j’y mets les médecins dans le terme de soignant. Des personnes, qui ensemble, mettent en commun leurs savoirs, leurs expériences, leurs compétences (parce que nous pouvons avoir du savoir, mais aucune compétence) au service d’un autre. Et uniquement au service de l’autre. Et donc l’autre est libre de suivre ou pas le conseil qui lui est apporté. C’est lui qui décide, c’est lui qui vit la maladie.

Toutes les phrases comme : 

  • C’est mon patient
  • Il ne veut pas se soigner
  • Il ne respecte pas ce qu’on lui dit
  • Elle continue alors qu’on lui dit d’arrêter
  • Il fait chier le personnel
  • Il n’est pas sympa
  • Etc etc 
Toutes ces phrases témoignent que nous dérivons, nous dérivons vers autre chose que le simple fait d’être empathique, de prodiguer des soins, d’être dans le non-jugement. Faisons ce métier simplement pour mettre à la disposition de l’autre une compétence, ni plus, ni moins.
Laissez-moi un commentaire pour me raconter comment vous, vous voyez votre fonction de soignant. 
Cynthia.
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